• Atelier d'écriture 09 : Au Rêve des Femmes.

    Alors, il y a un léger soucis pour expliquer la contrainte, car il fallait faire un choix entre deux images. Celle de mon choix était celle d'une femme, de dos, qui regarde une vitrine d'un magasin de robe mariage.

     

    Bonne lecture !

    Note : J'ai aimé changer l'idée de la femme qui veut se marier pour un texte plus original ! Mais apparemment la personnalité n'était pas assez "étoffée"...

     

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    Au Rêve des Femmes

     

    C'est lors de la fin du mois de février de l'an 2000 que j'eus envie de me lancer. C'est devant cette boutique, non loin du Volcan du Havre, que je me décidai à ouvrir un magasin de vêtements. Les robes de mariage en solde restaient chères malgré le moins vingt pourcent ; mais quelle beauté esthétique elles avaient ! Le blanc pur, les chapeaux similaires à ceux du début du vingtième siècle, la belle dentelle... De quoi faire rêver plus d'une jeune femme ! Mais le prix, même réduit, était exorbitant. C'est le genre d'habillement que l'on ne portait qu'une seule fois dans la vie. Impossible de le faire au quotidien. Cette remarque me donna une idée de génie : et si l'on fabriquait des robes qui se mettraient au jour le jour ? Moi-même, quand j'étais une enfant, je souhaitais être habillée en mariée tout le temps. Souhait qui fut brisé par mes parents, avec leur raison avare et stricte !

    « Eh bien, pensai-je, il est temps que les jeunes filles soient des princesses au quotidien ! »

    Malgré mon sac avec des vêtements achetés en solde, je me dirigeai vers le magasin de tissus de Saint-Romain. Après un long débat sur les étoffes, je payai le tout à cent francs (oui, ce n'était pas encore l'époque de l'insertion de l'euro).

    Une fois retournée chez moi, je m'installai dans ma pièce personnelle : celle de mon atelier de couture. Je pratiquais mon métier à Auchan, non loin de Montivilliers. On me donnait simplement des habits à retoucher. Mais quand je rentrais, je me lançais dans des exercices avec le peu de tissus récupérés partout ailleurs.

    Cette fois, c'était du sérieux : il fallait la douceur des robes blanches dans des habits contemporains et à la mode. Bien sûr, je mis du temps à construire des patrons, à faire des essais techniques avec de vieux chiffons... Mais au bout d'un mois, en mars où le printemps revenait, j'avais réussi à confectionner deux petites robes, une jupe et deux hauts.

    Il était temps maintenant de trouver un local à vendre pour y établir mon commerce. J'en trouvai un, entre le collège Raoul Dufy et l'avenue Foch. Je vous épargne les détails de la démarche, avec le prix, les négociations, et tout ce qui concerne cela. Une fois acheté, avec mes économies, j'ouvris officiellement mon magasin.

    Depuis, j'en ai vécu des péripéties : un début très dur car le lieu était dans un quartier plutôt aisé et vieillissant, un coup de communication pour y remédier, les premiers clients «jeunes» émerveillés par les articles, puis la gestion qui me prenait un temps fou, les soucis financiers, la résistance et la persévérance, et ainsi de suite...

     

    Nous sommes en 2013, et voilà plus d'une dizaine d'années que mon magasin, Au Rêve des Femmes, existe. Quand j'avais lancé mon projet, en 2000, j'avais cinquante ans. J'en ai maintenant soixante-trois, j'ai une jeune assistante et une stagiaire qui m'aident, toutes deux aussi passionnées par le concept de la boutique. Je me sens vieille, il est temps pour moi de laisser mon projet entre leurs mains. J'ai un pincement au cœur de devoir le quitter, mais je sais que mon assistante fera une bonne gérante de mon magasin. Je n'ai plus la force et la forme, il faut admettre cela et céder le rêve à la nouvelle génération. J'ai les larmes aux yeux, mais avoir conscience de ce fait et réagir, c'est une chose qu'il faut pour être forte et faire continuer ce rêve blanc et pur.


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